Tremblement de temps, par Kurt Vonnegut

Kurt Vonnegut était un type fascinant. Né dans les années 20 aux États-Unis mais d’origine allemande, ses parents ne lui ont ni appris leur langue maternelle, ni inculqué la moindre notion de culture germanique. Il faut dire que l’époque n’est pas à la germanophilie.

Prisonnier de guerre, Kurt Vonnegut échappe aux bombardements à Dresde en se cachant dans une chambre froide. L’expérience lui inspirera un de ses romans les plus connus, Abattoir 5 (en version originale Slaughterhouse 5).

Avec déjà trois enfants de son côté, Kurt Vonnegut a adopté ses trois neveux : sa sœur étant décédée d’un cancer deux jours après le décès de son mari dans un accident de train. Et pour couronner le tout, lui-même nous a quitté très exactement l’année choisie par sa ville natale pour être “l’année Vonnegut”…

Mais de tout ce que je sais sur ce grand auteur, mon anecdote préféré, c’est cette lettre qu’il a envoyée à des lycéens qui leur conseille de pratiquer l’art non pour l’argent ou la gloire, mais pour faire grandir leur âme.

Tremblement de temps est le dernier roman de Kurt Vonnegut, paru en 1997 et enfin traduit en Français par Aude Pasquier aux éditions Super 8 qui m’ont fait le plaisir de me le faire parvenir en e-book via Netgalley (à paraître le 6 septembre).

Le terme le plus adapté pour décrire ce livre est “digressions”. Si vous vous attendez à une chronologie stricte, une intrigue suivie ou des dialogues cohérents, il faudra aller voir ailleurs.

J’ai lu un article sans rapport aucun avec Tremblement de temps, mais qui par pure coïncidence m’a fait découvrir un genre japonais dont la description me semble correspondre assez fidèlement à cette dernière oeuvre de Kurt Vonnegut. Il s’agit du zuihitsu, traduisez “au fil du pinceau” : un discours libre à la première personne, caractérisé par sa spontanéité, retranscrivant toutes sortes de pensées, d’événements ou d’anecdotes.

Kurt Vonnegut enrichit encore le concept d’extraits de fiction comme des pièces de puzzle, et fait apparaître régulièrement son alter ego littéraire Kilgore Trout.

Trout aurait pu ajouter, et cela peut également s’appliquer à moi, qu’il créait des caricatures plutôt que des personnages.

Ces extraits sont autant de fables qui lui servent à tenir des propos pacifistes et antimilitaristes, ou carrément pessimistes sur, entre autres, la soupe qu’on nous sert à la télévision et le devenir de la culture (et quand je dis soupe, vous pouvez faire confiance à Kurt Vonnegut pour être moins édulcoré que moi dans l’expression de son opinion).

Après ce que le tremblement de temps lui avait fait, Prince avait conçu le même mépris que ma sœur Allie envers l’idée d’un Dieu sage et juste. Une fois, Allie émit l’opinion suivante, non pas à cause de sa vie à elle mais à cause de celle de tout un chacun : « S’il y a un Dieu, il déteste les gens, c’est sûr. C’est tout ce que je peux dire. »

Un testament littéraire pas forcément facile d’accès et dont la lecture demande un effort de concentration qui sera récompensé par les touches d’humour caustique de l’auteur et la force de ses pensées.

Dans mes discours, je dis qu’une mission plausible pour un artiste est d’inciter les gens à apprécier un minimum le fait d’être en vie. Après quoi on me demande si j’en connais qui y sont parvenus. Je réponds : « Les Beatles ».

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