Au jour le jour par Paul Vacca : quand la vie d’Eugène Sue se feuilletonise

Je suis gênée aux entournures avec cette critique. Je voulais vraiment aimer ce roman inspiré de la vie de l’auteur des Mystères de Paris, parce que le sujet me plaisait, l’époque comme la vie d’Eugène Sue sont fascinantes. Vous vous doutez bien que si j’entame ainsi mon article, c’est qu’arrivée au bout du livre, l’exécution ne m’a pas séduite autant que le concept.

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C’est d’autant plus difficile à justifier que je sens bien que ce que j’ai pris pour des faiblesses dans le style d’Au jour le jour étaient des effets volontaires, visant à rendre hommage au genre du roman-feuilleton en reprenant ses codes.

Ceux-là mêmes qui disaient, il y a peu, qu’Eugène était fini sont les premiers à applaudir à son succès et à sa popularité. Bien sûr, côté jardin, ils continuent de se moquer du style à la serpe de l’auteur, de la profusion des clichés les plus éculés et des formules à l’emporte-pièce. Mais maintenant, le succès aidant, sa vulgarité fait style.

J’avais beau le savoir, je me suis rapidement lassée des personnages stéréotypés (la jeune innocente au destin de Cosette, le père strict, la brute au grand coeur…) qui pouvaient inspirer le feuilleton de Sue tout en ayant davantage d’épaisseur dans le roman de Paul Vacca, ou des rebondissements et coïncidences un peu gros.

Passe encore que des libertés aient été prises avec la vie réelle d’Eugène Sue (ce n’est pas une biographie, après tout), mais en lectrice snob que je semble être, je n’ai pas été transportée par un enchaînement de phrases où l’usage d’adjectifs châtiés n’a rien de naturel ni de nécessaire, suivies de dialogues creux et interminables pour reproduire les stratégies de remplissage des auteurs de feuilletons (qui étaient payés à la longueur de leur production, non à sa qualité).

Il s’aspergea de parfum, mais l’odeur du tapis-franc était toujours là, tenace, inexpugnable. Il enfila un peignoir. On était au mitan de la nuit mais Eugène n’avait pas envie de dormir. Il se prépara un café bien serré. Pourtant, il n’avait besoin d’aucun adjuvant à son excitation.

Enfin, les clins d’œil et références culturelles modernes (des allusions à Piaf, à Singin in the rain par exemple…) ne m’ont visiblement pas autant amusée que leur auteur.

Et laissez-moi vous dire qu’il ne m’est pas facile de reconnaître sur mon propre blog que cette réaction me placerait logiquement du côté des réactionnaires qui jugeaient la production des feuilletonistes de piètre qualité littéraire, quand on sait aujourd’hui quelle est leur contribution à la littérature française et à la démocratisation de la lecture.

Je salue néanmoins toujours autant l’intention de faire revivre une époque marquée par une agitation sociale à laquelle les romanciers ont contribué, et de ne pas laisser tomber Eugène Sue dans l’oubli sans l’idéaliser outre mesure.

L’e-book d’Au jour le jour m’a été gracieusement adressé par les éditions Belfond via Netgalley et je les en remercie !

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