Saga, ou le roman qui vaut bien une critique négative

J’ai eu un dimanche culturellement chargé, mais mal rempli : je voudrais bien qu’on me rende le temps passé devant Le monde fantastique d’Oz et surtout mon temps de sommeil sacrifié pour finir Saga, de Tonino Benacquista.

Je me suis longuement demandé si cela valait le coup d’écrire une critique de quelque chose que somme toute, je n’ai pas aimé. Après tout, ma prérogative de blogueuse, c’est d’être mon propre éditeur et rédacteur en chef. N’est-ce pas du temps perdu en plus de mon côté, puisque ce temps passé à écrire sur une oeuvre que je n’ai pas appréciée, je ne le passe pas à vous faire découvrir des livres qui vous feront réfléchir, des films qui vous feront rêver ou des groupes que vous allez adopter en bande sonore de vos vies ? Quant à vous, pourquoi lire toutes les raisons que vous avez de préférer un autre livre ?

Eh bien je dirais qu’il y a deux sortes d’oeuvres : celles qui ne valent pas une critique, tout simplement parce qu’il n’y a pas grand chose à dire dessus (du Monde fantastique d’Oz par exemple, je n’ai retenu que le maquillage, pas même la musique de Danny Elfman. Pas de quoi tenir plus d’un paragraphe.), et celles que vous n’avez pas aimées, mais qui pour autant ne vous ont pas laissé indifférent. Toute production littéraire assez consistante pour provoquer une réaction, fut-elle de la désapprobation, mérite qu’on exprime un avis argumenté à son sujet, ne serait-ce que par reconnaissance du travail que représente cet écrit.

Tonino-Benacquista-SagaOr Saga a deux atouts qui méritent bien d’être mentionnés : un style littéraire agréable et au dessus du niveau de bien des auteurs que je ne citerai pas, et une intrigue qui part d’une très bonne idée à la base, à savoir quatre scénaristes un peu losers, auxquels on confie une sitcom diffusée à un horaire ingrat pour remplir les quotas de création française. Contre toute attente, leur série non-conformiste est un succès qui ne va pas tarder à les dépasser…

Hélas, les passages de ladite Saga sont racontés de façon trop décousue pour être compréhensibles, et on peine à s’attacher aux personnages, en particulier au narrateur qui court après “la femme de sa vie” pour une raison obscure, puisqu’elle est nous est décrite comme physiquement banale, que sa conversation est inintéressante, et qu’elle ne comprend et soutient pas son compagnon. Je déplore surtout la fâcheuse tendance de l’auteur à recourir à cette ficelle de scénariste qu’il a été lui-même, à savoir l’exagération et la surenchère dans l’invraisemblable parce que c’est bien connu, plus c’est gros, mieux ça passe (that’s what she said).

Enfin, me donner la peine d’écrire sur Saga, quand bien même je n’en ferai pas mon livre de chevet, c’est aussi vous donner l’opportunité de le défendre si vous l’avez aimé !

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9 commentaires

  1. Peut-être faut-il préciser que l’élément central de l’intrigue est largement inspirée de “Voisin, voisine”, une série française aux moyens des plus limités et diffusée la nuit dans l’éphémère chaîne La Cinq à la fin des années 80. Les témoignages que l’on trouve dans la toile sont intéressants car ce soap minimaliste conçu pour passer inaperçu, et surtout coûter le moins cher possible, a marqué quelques esprits. Ces souvenirs plus ou moins émus, amusés ou courroucés nous laissent penser que Tonino Benacquista a parfois été en-dessous de la réalité.

    L’un des problèmes de “Saga” est la conclusion. L’introduction est excellente et le déroulement de l’histoire est prenant. Mais, arrivé à un moment, l’intérêt patine et la fin est très en-dessous du début. La verve initiale semble s’étioler et l’on imaginerait presque un romancier en panne d’inspiration terminant son ouvrage par obligation, sans brio.

    A noter que Tonino Benacquista a écrit une nouvelle qui vaut le détour, “La Boîte noire”, bien meilleure que son adaptation cinématographique.

  2. Moi je trouve ça tout à fait justifié de donner un avis négatif! ça permet au lecteur de ne pas perdre de temps à lire ou voir des choses qui ne vont pas lui plaire… Voire à trouver des arguments entre les lignes pour s’intéresser à une oeuvre!
    Je lis souvent les avis négatifs et positifs avant de me décider à m’investir dans quelque chose qui va me prendre du temps ou de l’argent! Je me fais des statistiques perso sur la réception du public… Si tout n’est que positif parce que le négatif est censuré, c’est faussé… 🙂
    Morgane D Articles récents…Littérature mauricienne – Les Rochers de Poudre d’Or par Nathacha AppanahMy Profile

  3. Je suis moi aussi pour les billets négatifs sur un roman ou autre et je ne considère pas que ce soit du temps perdu puisque chercher pourquoi une lecture nous a déçus ou ne nous a pas plu peut-être tout aussi intéressant. Comme le dit Morgane, censuré du négatif c’est fausser la donne et faire croire aux lecteurs des blogs que les blogueurs que lisent que des chefs d’œuvre est tout aussi mensonger, d’autant que trop d’éloges sur un roman a souvent tendance à me le rendre suspect, va comprendre ! C’est aussi je pense ce qui fait la particularité des blogs par rapport aux médias traditionnels qui se risquent très peu à critiquer de manière négative un roman, un film ou que sais-je.
    “Saga” est dans ma PAL depuis perpette, et malgré ton avis mitigé je pense que je le lirai quand même ne serait-ce que pour me faire ma propre opinion.
    George Articles récents…« Le Héron et l’Escargot » M-F CHEVRON et M. MAGNANMy Profile

    • Confession : j’ai toujours des scrupules à donner un avis penchant vers le négatif, parce que je me dis toujours que je n’aurais peut-être pas fait mieux (on attend toujours mon premier roman, du reste). Mais j’ai décrété que critiquer c’est reconnaître l’impact d’une oeuvre sur soi, et que par ailleurs nul n’étant obligé de me croire sur parole, si peu engageant que soit mon article il aura peut-être tout de même suscité chez certains l’envie de se rendre compte par eux-mêmes… J’ai donc hâte de savoir ce que tu retireras à ton tour de ta prochaine lecture de Saga !
      Camille Articles récents…J’ai rechargé mes batteries avec The Spinto Band au Point éphémèreMy Profile

  4. Je ne connaissais pas ce livre et, du reste, il ne me tente pas des masses (ta critique y est sans doute pour quelque chose !)
    En tout cas, voilà, j’admire cette façon que tu as de parler d’un livre-que-tu-n’as-pas-aimé. Parce que je suis bien incapable de le faire (j’ai orienté la ligne édito de mon blog sur des chroniques exclusivement positives, ou presque). Sans doute est-ce pour cette raison que tu évoques concernant le respect pour le travail que cela a représenté pour l’auteur…

    • Mon gros problème avec Saga, c’est qu’il m’avait été recommandé, et que par dessus le marché je trouvais l’idée de départ très sympathique… Donc j’en attendais beaucoup, et j’ai été déçue de façon proportionnelle. Cela a peut-être joué sur mon opinion, et sur le fait que j’ai écrit dessus même si je n’avais pas accroché – si on ne me l’avait pas conseillé, j’aurais peut-être purement et simplement laissé tomber sans autre forme de procès…
      Et puis j’ai trouvé une autre justification : étant moi-même ouverte à la critique (constructive), je m’octrois le droit d’en exprimer également 😉 (par ailleurs, je suis persuadée que ce monsieur a eu affaire à des plumes bien plus féroces que la mienne ^^)
      Camille Articles récents…Gael García Bernal fait campagne pour le NoMy Profile

  5. un peu pres le style d’idee que je me fesait sur le livre, merci grandement pour ce bon billet

  6. Si vous avez aimé ses précédents romans, vous ne serez pas déçu par Mapuche.

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