Le club des incorrigibles optimistes – Jean-Michel Guenassia

incorrigibles.jpegLe Club des incorrigibles optimistes, par Jean-Michel Guenassia

Attention, titre trompeur.

Le club des incorrigibles optimistes vous fera croire à une leçon d’espoir. En tout cas, moi c’est ce qu’il m’a fait miroiter, et très honnêtement, comme je suis en plein déficit de confiance en l’être humain en ce moment, je me suis dit que cela ne pouvait pas me faire de mal.

C’est drôle, d’ailleurs. Je ne suis pas quelqu’un qui a facilement confiance. Pourtant, je suis naïve, idéaliste jusqu’à la bêtise. Cela paraît inconciliable, et finalement je me dis que l’un ne va pas sans l’autre, question de survie. Quelqu’un d’aussi irrémédiablement stupide que moi se ferait avoir à tout bout de champ sans une dose conséquente de méfiance.

Hélas, Le club des incorrigibles optimistes n’a fait que me conforter dans mon impression que la vie consiste en une série d’abandons, de déceptions qu’on vit d’autant plus mal qu’on avait placé l’être aimé sur un piédestal – on tombe d’autant plus haut. Et je ne suis pas sûre d’être réconfortée par l’idée que non, il n’y a pas que les hommes qui nous trahissent, les femmes aussi commettent leur lot de mensonges et de bassesses sans lesquelles la vie serait pourtant tellement plus simple… A croire que les gens se refusent à ce que la vie ne soit pas plus compliquée qu’elle ne l’est déjà.

Habituellement, j’ai un point de vue très arrêté sur tout (ce qui est un gros défaut, mais parfois une qualité bien utile, surtout lorsqu’on tient un blog). Cette fois, arrivée à un point relativement avancé du roman, j’ai bien senti qu’il allait être compliqué de vous en parler, de vous dire si je l’avais aimé ou non.

Je m’apprête donc à vous pondre un billet qui reprendra tout ce que je reproche à ce livre : il sera long et décousu.

Mais c’est le prix à payer pour retranscrire fidèlement mes impressions.

Comme dirait ma prof de droit de l’internet, si je me permets d’énoncer un point de vue un tant soit peu négatif, c’est la moindre des choses de le justifier. C’est qu’on ne voudrait pas tomber dans la diffamation ici, c’est un blog respectable v_v

Et respectueux, je tiens à ce que vous le sachiez. Mes critiques positives n’ont de valeur que parce que j’émets aussi des jugements négatifs, sans quoi qu’en est-il de ma crédibilité ? Mais parce que je suis moi-même un auteur à ma modeste échelle, je ne suis pas infaillible et suis prête à discuter tous les jugements que j’émets, à condition que l’on fasse preuve du même respect que celui que je m’efforce de témoigner envers l’auteur et le travail qu’il a abattu pour son œuvre.

Arrivée à la fin des 757 pages du Club des incorrigibles optimistes, j’ai du relire les premières, qui s’expliquaient bien mieux une fois qu’on connaissait le dénouement.

Vous me direz, c’est un effet de style, mais il n’est guère facile de suivre toutes les histoires qui s’entremêlent dans le roman : l’Histoire avec une majuscule, indissociable de l’histoire de ces réfugiés de l’Est victimes du régime soviétique, qu’ils l’approuvent ou le réprouvent, ou de celle de ce jeune garçon qui sympathise avec eux en jouant aux échecs dans un bistrot parisien. Sa famille à lui sera déchirée par la Guerre d’Algérie. Sans parler des grands écrivains qui semblent se ramasser à la pelle dans les rues de Paris, même Noureev est de passage dans le roman. Bien au-delà des noms slaves auxquels je suis habituée (quiconque est arrivé au bout d’un Tolstoï ne sera jamais plus embarrassé par les prénoms et patronymes russes dans un roman), c’est la variété des personnages qui m’a parfois un peu perdue.

Pourtant ce côté décousu a aussi un avantage : il permet au roman de n’être pas “à hommage unique”. Vous allez comprendre : je ne compte plus les livres dont je vous parlais comme d’un hymne à la musique, d’une ode à la lecture, ou d’un chant d’amour au cinéma.

Mais combien de romans peuvent se permettre de magnifier à la fois la photographie, les livres, les échecs, le cinéma ET la musique ? Le tout avec une analyse psychologique suffisamment fine pour pouvoir se dispenser de donner à chaque personnage une raison de mal agir ?

D’accord, je suis partiale : avec une héroïne frisée prénommée Camille, l’auteur m’avait gagnée à sa cause d’avance. Bonus pour le personnage qui aimait Prokofiev.

Mais le coup fatal, c’était Les nuits blanches.

Personne ne parle des Nuits blanches. Il n’y a que moi pour oser dire que de toute les oeuvres classiques de ce grand romancier, j’ai préféré une des plus courtes, une histoire d’amour romantique sans apport majeur à la littérature, à la psychologie ou à l’étude de la société de son époque.
Moi, et Michel, le jeune héros du Club des Incorrigibles Optimistes. Deux fois, qui plus est, le coup de grâce.

Je crois bien qu’en fin de compte, j’ai aimé ce livre.

 

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5 commentaires

  1. Mais tu vas pouvoir me le rendre mon Club des Incorrigibles Optimistes? Hein, maintenant que tu l’as terminé, tu vas pouvoir me le rendre? 🙂 Contente que ça t’ait plu!

  2. Il faut vraiment que je m’y mette car à force de lire des billets mitigés, je vais finir par le rayer de ma liste …

    • La première moitié est très politico-historique, la deuxième moitié est bien plus prenante et on commence à s’attacher aux personnages. Il faut faire l’effort de se mettre dedans et de continuer.

  3. Tu as raison. D’après ce que j’ai compris, le roman est une démarquation des nuits de St pétersbourg . Ca c’est une vraie originalité. c’est un roman vraiment unique. Superbe et bouleversant. Un beau moment littéraire

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